lundi 30 septembre 2013

Rassemblement à Kairouan pour la libération du rappeur Klay BBJ

Ce matin, lundi 30 septembre 2013, un groupe de jeunes indépendants a organisé un rassemblement devant le tribunal de Kairouan pour contester contre ce « terrorisme d’Etat » qui étouffe la liberté d'expression. La principale demande du rassemblement était la libération du rappeur Klay BBJ.

Depuis des mois, les procès contre les forces révolutionnaires en Tunisie ne finissent pas. Après le procès politique contre les deux jeunes de Mahdia Jabeur Mejri et Ghazi Béji, condamnés à 7 ans et demi de prison, nous avons vu des rappeurs condamnés pour des chansons, et une activiste féministe Amina poursuivie par la justice pour avoir exprimer son avis pacifiquement. Sans oublier les jeunes des cartiers qui ont brûlé les postes de police dans leurs régions pour réussir cette révolution entre le 11 et le 15 janvier 2011 et qui croupissent dans les prisons tunisiennes avec des condamnations qui varient entre 10 et 20 ans de prison ferme.  

Les dernières arrestations de huit activistes et artistes à Tunis (4 seulement sont acquittés) et l’emprisonnement du rappeur Klay BBJ de 6 mois de prison ferme pour une chanson sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase.





Le rappeur BBJ a été condamné, jeudi 26 septembre 2013, à six mois de prison pour avoir traité les policiers de "chiens" lors d'un concert à Hammamet cet été. Il était accusé d'outrage à des fonctionnaires, atteinte aux bonnes mœurs et diffamation. L'autre jeune rappeur avec qui il se trouvait sur scène, Weld el 15, avait déjà été condamné cet été à 21 mois de prison ferme pour les mêmes accusations. Il est aujourd'hui en fuite en attendant des garanties d’un procès juste et loin des calculs politiques selon ses dires.

devant le tribunal à Kairouan 

Le comité de soutien de Klay BBJ et de Weld el 15 a annoncé, cet après midi, qu’il a demandé à travers l'avocat du rappeur une demande d’appel en cassation.

Entre temps, la mobilisation continue pour la libération du rappeur mais aussi pour tous les autres prisonniers d’opinion et de la révolution en Tunisie. Dans un climat politique très tendu, les activistes tunisiens considèrent que la justice est toujours instrumentalisée à des fins politiques. 

A suivre .... 

mardi 28 mai 2013

Amina : la nouvelle martyre de la Tunisie postrévolutionnaire



En Mars dernier, Amina Tailer, jeune tunisienne, 19 ans, a posé seins nus, sur facebook pour dénoncer le sort de la femme en général dans son pays. Depuis, elle est devenue sujet de polémique, de menaces et de soutiens en Tunisie et à l’étranger. Le 19 mai 2013, Amina a participé à une manifestation de salafistes à Kairouan (ville au centre du pays).  Elle a tagué « Femen » (l’association qu’elle représente en Tunisie) et la police l’a arrêté. Elle risque d’essuyer une sanction  de deux ans et demi de prison pour « port de bombe lacrymogène et profanation de sépulture ». Son procès est programmé sur le 30 mai à Kairouan. 

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Au début, elle m’a choqué et j’ai cru à une manipulation derrière ce qu’elle a fait. J’ai vu ses photos et j’ai lu ses mots, et j’ai senti un mélange de peur, de jalousie et de culpabilité. Et je suis restée perplexe quelques jours devant le fait accomplis : Amina s’est dénudée et elle a envoyé chier la religion, la morale, les traditions et les tabous. 

Quoi de plus courageux, de plus direct et de plus suicidaire ? 



Quand je pense et je repense à tous les problèmes de la femme dans ma société : sexisme, violence, violence sexuelle, inégalité des chances, et surtout le silence affreux qui entoure tout ça, je me rend à l’évidence que parler, sensibiliser, écrire, manifester, organiser les colloques et booster les lobbying , etc .. c’est bien, mais c’est pas suffisant. Alors pourquoi ne pas laisser Amina faire ce qu’elle voit utile pour sa cause ? Qui a le droit de dicter à tout le monde, la bonne et unique manière de militer ? 

Je ne crois plus aux discours, et je crois en moins en moins aux méthodes douces de « négocier, faire une pression et puis avancer … ». Dans ma société, la majorité pense que la démocratie ne concerne pas la femme. Que l’égalité du genre n’est pas conforme à nos traditions et à notre religion (spécificité culturelle). La majorité pense que Amina est une criminelle ou une folle juste parce qu’elle a mis à nu nos complexes, nos morale hypocrite et misogyne. Que faut-il faire devant toute cette injustice ? 

Plusieurs disent qu’Amina est folle ou elle n’a pas les outils intellectuels suffisants pour argumenter et justifier ses actes. Je rappel à ces personnes que les plus grands savants, militants, penseurs, philosophes, artistes et révolutionnaires étaient taxés de cette même folie quand ils ont essayé de casser les tabous de leurs sociétés. 

Pour les outils intellectuels et les années de militantismes qu’on doit avoir pour hurler haut et fort « NOOOOOONNN », je cite un seul exemple que nous connaissons tous : Mohammed Bouazizi. Ce jeune homme qui s’est immolé, il y a trois ans, et a fait explosé une rage contagieuse pas seulement en Tunisie mais aussi dans tout le monde arabe (loin des théories de complots et des transitions politiques confisqués par les islamistes ...). Ce jeune homme, vendeur ambulant à Sidi Bouzid, avait-il les moyens intellectuels pour expliquer sa révolte ? Avions-nous, au départ, la capacité de comprendre son suicide et la profondeur de sa rage?  Au départ, plusieurs l’ont accusé de folie. D’autres ont dit tout simplement : « son acte est destructif, ça ne ramène à rien… » Ça ne vous rappel rien tout ça ? 

Je soutiens Amina, parce que, dans son acte suicidaire, et dans son désespoir, elle fait naitre une volonté de discuter ouvertement de la cause féministe, autrement et pas comme on nous l’a imposé depuis des décennies. Avec ses sacrifices (d’avoir une vie normale, des parents fiers d’elle et un avenir comme les autres..), Amina nous donne une leçon de courage et de pertinence : aller directement au but ou encore remuer avec toute sa main (et non seulement le doigt) la merde qui repose paisiblement depuis des siècles dans nos esprits. 

Je suis maintenant convaincue qu’il faut la soutenir et la défendre et pourquoi pas faire comme elle : dénuder les complexes de la société et du pouvoir. 

Je soutien Amina même si elle est manipulée (par Femen ou autres..). Je la soutien même si elle va se réjouir (après son procès) d’une immigration parfaite en France. Je la défends même si son acte ne va mener à rien. Qui de nous n’a pas ses intentions cachées, ses rêves, son désespoir, et ses échecs ? Je la défends pour le principe :

 Garantir aux tunisiens (et surtout aux femmes)  le droit de s’exprimer librement sans tabous

Je n’adhère pas au discours du père d’Amina (ma fille est perdue et abandonnée comme toute la jeunesse tunisienne) et je n’adhère pas aussi à l’avis des gens qui la défendent en disant « elle n’est pas responsable. C’est une gamine que nous devons soigner et non pas mettre en prison.. » et je suis contre bien sur les malades qui pensent qu’elle doit être jugé sévèrement comme le dit le Ministre des Droits de l’Homme, Samir Dilou. 

Je défends Amina, la femme libre de penser et de s’exprimer sans contrainte (ni religieuse, ni morale et ni politique) 

Je défends Amina, la tunisienne qui a dit « NON » aux sources de tous ses maux (ceux aussi des travailleuses, des paysannes, des élites et des marginaux…) : la religion, les traditions et les tabous. 

Pour soutenir Amina, signez cette pétition : lien

lundi 21 janvier 2013

Affaire de Saber Meraihi: l'Etat continue à punir les jeunes de la révolution



Depuis Avril 2012, un jeune tunisien, Saber Meraihi, est en prison. Accusé de tentative de meurtre et de vandalisme, le jeune de 25 ans, risque de passer 25 ans en prison. En Plus, il n’a même pas eu la chance de se défendre face aux accusations de son adversaire, un policier, qui prétend l’avoir reconnu à travers une vidéo publiée sur facebook. Les accusations sont lourdes mais aussi dangereuses puisque sans preuves. L’affaire a pris de l’ampleur surtout que des activistes tunisiens et la famille de Sabeur commencent à en parler aux médias et sur les réseaux sociaux.  



Après un passage à la télévision de la sœur de Saber Meraihi, l’activiste Azyz Ammami a publié sur sa page facebook le dossier juridique de l’inculpé. Les révélations du dossier laissent des questions troublantes quant à l’objectivité de l’interrogatoire et de l’investigation faite par le juge de l'instruction qui a suivi l’affaire.

Les évènements de l’affaire se sont déroulés lors de la révolution. Dans une période où le peuple tunisien a assuré la sécurité des quartiers et des biens publics. Tout le monde se rappelle de cette période, où tous les hommes des quartiers ont veillé des nuits entières pour protéger le pays des milices qui ont essayé, d’après des sources officielles, de semer la terreur et d’instaurer l’anarchie en Tunisie. Ainsi, et avec la coopération de l’armée tunisienne, les comités de protection des quartiers, étaient autorisés officieusement à contrôler toutes les voitures qui circulent pendant la nuit. Vérification des papiers et contrôle des voitures ont aidé à capturer plusieurs groupes armés. Certaines vidéos sur facebook et autres reportages télévisés ont documenté cette période où le peuple était le héros de la révolution tunisienne. 

Revenant à l’affaire de Saber Meraihi. Il est, justement, accusé d’avoir agressé un policier et de voler et brûler sa voiture lors d’une opération de contrôle dirigée par un comité de protection de l’un des  quartiers d’Ibn Sina. Le policier a été agressé le 16 Janvier 2011 mais a décidé de porter plainte, plusieurs mois après, soit en avril 2011. De là commence un flou qui marque toutes les étapes de l’affaire.

Pour faire court et pour expliquer l’affaire, rapidement, aux lecteurs, nous allons relater simplement les remarques, les plus importantes, d’Ibrahim Boudirbala, l’avocat de Saber Meraihi, transcrites en arabe dans la demande (que vous trouverez en fin de l’article)  de libération et de cassation rédigée à l’intention de la cours de cassation à Tunis:

-        -  Le plaignant a porté plainte en se basant sur une vidéo, publiée sur facebook, qui montre, sans précision, des jeunes d’un comité de protection d’un quartier populaire en train d’insulter deux policiers capturés par l’armée. La vidéo n’a aucune relation avec les faits du 16 janvier. De ce fait, il est impossible d’établir un lien entre cette affaire et la vidéo présentée comme preuve qui condamne Saber Meraihi.
-          
     - Le juge d’instruction n’a pas inclus la défense de l’accusé dans son rapport ce qui fausse les conclusions du rapport et le jugement en lui-même.

-         - Le jugement est basé exclusivement sur les témoignages du plaignant et ses accusations.

-       -   Plusieurs passages du témoignage du plaignant sont contradictoires et manquent de pertinence (exemple : il prétend être agressé par des couteaux alors que son certificat médical lui donne seulement 10 et 20 jours de repos. Il précise qu’il était agressé par plusieurs personnes et qu’il ne se rappel pas des visages puis prétend se rappeler du visage de Saber uniquement)

Reste une précision importante à signaler : Saber Meraihi n’habite pas le même quartier où le plaignant a été agressé.

D’un autre côté, plusieurs habitants du quartier de Saber ont signé une pétition attestant la bonne conduite de Saber surtout durant la période où il était responsable du comité de la protection de son quartier. Les habitants témoignent aussi, dans ce même document, que Saber n’était pas présent  sur les lieux où se sont déroulées les agressions contre le policier plaignant dans cette affaire.

Ce que plusieurs tunisiens ignorent, malheureusement, est que des centaines de jeunes sont dans le même cas de Saber Meraihi. Après avoir participé aux évènements de la révolution, ces jeunes (que nous avons remercié vaguement pour leur courage) se trouvent en prison parce qu’ils ont brûlé un poste de police ou parce qu’ils ont lancé des pierres dans une manifestation ou parce que les policiers du quartier veulent simplement se venger. Il est facile de punir ceux qui veulent faire tomber le système. Il est facile de réinstaurer la peur et la soumission d’un peuple parce que  sans justice, et sans médias indépendants, il est impossible de réussir une révolution.







l'attestation des habitants du quartier de Saber Meraihi:


lundi 31 décembre 2012

Tunisie: 2012 - 2013 et des souhaits ...


Une année qui part, une autre qui vient. Loin des évaluations que je n’arrive pas à condenser. Et loin des larmes, des fous rires et des gueules de bois qui ont ponctué mes journées. Loin des nuits blanches et des sommeils profonds et loin des longs trajets et des stagnations. Loin des confessions et des mensonges prétentieux. Loin des querelles et des réconciliations. Je voudrais partager avec vous, mes vœux de l’an prochain.

Je souhaite justice et  liberté



Aux familles des martyrs, aux blessés, aux prisonniers de la liberté d’expression (et à leurs têtes Jabeur Mejri) Aux pauvres, aux marginaux, aux artistes, aux chômeurs lettrés et illettrés, aux femmes, aux enfants de la rue, aux salafistes victimes de leur pauvreté …

Et à tous ceux qui se sentent minorités vulnérables et écrasées sur leurs propres terres sacrées  …  
Une année qui s’achève et une autre qui s’annonce en laissant des souhaits non réalisés … faut-il, encore une fois, en pleurer ?  

jeudi 18 octobre 2012

La grève générale des journalistes tunisiens : un nouvel espoir et un long combat


Hier, 17 octobre 2012, les journalistes tunisiens ont fait une grève générale réussie à 90%. « Journalisme ! Quatrième pouvoir ! »  « À bas la censure ! À bas les barrières ! » Les slogans étaient forts, les voix étaient sincères, et les visages étaient plus clairs que jamais. Hier, j’ai vu, de mes propres yeux, l’espoir en une presse vraiment libre en Tunisie.

« Il faut libérer les médias » voilà le mot d’ordre qui régnait au syndicat des journalistes tunisiens, toute la journée d’hier. « Il faut garantir le droit de l’accès à l’information pour les journalistes et pour tous les citoyens ». « Il faut laisser aux médias la liberté de choisir leurs dirigeants, la liberté d’expression et surtout arrêter de les intimider et de les accuser d’être à l’origine de tous les maux du pays ».  ces idées et répliques remplissaient les esprits des grévistes.

 
Photo de Dalila Yakoubi

Grace à la grève de faim des journalistes de Dar Assabah qui a commencé le 7 octobre, et à cause de l’arrogance de la troika qui fait tout son possible pour garder les médias sous contrôle, les journalistes tunisiens se sont révoltés. La grève générale a montré que les journalistes tunisiens sont capables de libérer le secteur grace à  leur détermination et leur solidarité.

Dans cette ambiance, des flashs back m’ont occupé l’esprit. Des visages et des voix m’ont arraché du présent. Il y a dix ans, j’étais en première année à l’IPSI. A l’époque, Mohamed Himdane, était le directeur de l’institut. Il nous donnait un cours sur le code de la presse tunisienne.

Cet homme était notre premier contact avec le monde de la presse. Je n’oublierais jamais ce cours. Je n’oublierais jamais les détails des séances et les mots qui raisonnaient fort « la loi interdit : de dire, de critiquer, de demander, d’attaquer, de penser, de revendiquer… ».

-          Tout est interdit alors ?

-          Non, vous pouvez parler de tout ce que vous voulez mais en respectant la loi, disait notre directeur.

Je vois encore les petits sourires crispés de mes camarades de classe. Je vois encore, aujourd'hui, les cœurs des journalistes remplis d’amertume et de déception. Je me suis rappelée, les premiers rêves, les premières ambitions et les premières déceptions. Et je pense, ferme, que plusieurs de mes collègues ont presque les mêmes souvenirs et gardent la même amertume. Aujourd’hui, l’espoir d’avoir des plumes libres et professionnelles, nous met devant un seul choix, combattre jusqu’au bout du souffle.

Vive la presse tunisienne libre et indépendante !

mardi 25 septembre 2012

Hommage à Alain Joannès : l’ami et le maitre.


J’aurais aimé faire son deuil comme il le faut. J’aurais aimé hurler, crier et pleurer au moment qu’on m’a annoncé sa mort. J’aurais aimé pleurer avec sa famille, préparer les funérailles et arranger les fleurs sur sa tombe. J’aurais aimé revoir dans les yeux de son fils, sa jeunesse qu’il m’a tant décris et qui m’a tant fait rêver.

Hélas ! toute seule, je ne suis pas à Paris pour faire tout ça. Je suis, à Tunis, dans un café, entourée des gens inconnus, indifférents à mes larmes et ma perte. J’aurais aimé que la terre arrête de tourner juste comme un signe de respect à ma douleur. J’aurais aimé que le café perde sa senteur comme un signe de soumissions à ma colère. Mais, ici, tout est indifférent à mes maux. Le ciel est resté bleu, le soleil brille encore et les oiseaux chantent joyeusement malgré ma peine.

La dernière fois, quand je l’ai vu, j’ai renoncé à faire des adieux. Pourtant, tout me disait que c’était la fin ou presque. J’étais à Paris, et j’ai vu comment son état de santé s’est détérioré subitement, du jour au lendemain.


Une journée avant mon départ à Tunis. Alain m’a invité au déjeuné avec sa famille dans un restaurant très convivial. J’ai ramené les gâteaux que maman a acheté pour lui et Josianne (sa femme). Et il m’a ramené des livres que lui et Nathalie (sa fille)  ont sélectionnés pour nous.


Il était souriant comme d’habitude et nous avons parlé de la révolution et des rêves. Il pensait que la Tunisie sera, certainement, meilleure grâce à  sa jeunesse « moins arrogante et plus intelligente que la jeunesse française » comme il l’a toujours pensé.

Tout était, en apparence, normal sauf sa couleur de peau qui devenait, les derniers jours, jaunâtre. Il savait très bien que c’était la fin et pourtant il continuait à me parler de ses projets pour le journalisme. Un livre, deux formations et plusieurs articles sur son blog. Je me taisais. J’étais juste concentrée sur une seule chose : garder le sourire et le naturel. Ne pas lui montrer la tristesse qui me ravageait de l’intérieur. Je ne sais pas si mes grimasses m’ont trahi ou si l’ambiance, déjà sinistrée, nous a trahi tous. Nous qui voulons malgré tout partager quelques moments de bonheur et d’intimité …


après le déjeuné, on a décidé d'aller chez lui pour un petit café. Alain m’a fait écouter la musique soufie qu’il a achetée, lors de sa dernière visite en Tunisie, du Palais Ennajma Zahra à l’occasion d’un concert du chant soufi. J’ai pris une feuille et un stylo et j’ai traduit quelques titres à sa demande. Il aimait les nouvelles sonorités qu’il venait de découvrir. Lui, le grand amateur des sons (lien de son audioblog).


Il m’a montré quelques photos de  ses voyages aux USA, en Afrique et en Asie. Amoureux de voyage et de découverte, Alain et Josianne ont planifié un long voyage en Amérique par voiture. Il a tout préparé : la location de voiture, les billets d’avion, l’itinéraire, son petit appartement parisien qui devrait rester fermé le temps de quelques semaines et sa maison de compagne qui nécessite un entretien durant l’hiver. Mais la mort était plus rapide.

J’ai bu mon café, silencieusement. Josianne était stressée. Elle s’éclipsait de temps en temps dans la cuisine pour étouffer ses gémissements. Nathalie a préféré aller dormir dans sa chambre pour ne plus voir son père assumant son rôle du mourant. J’hallucinais, Alain était jaune. Et je savais que c’était la couleur de la mort. Il était en plein combat avec la mort. Une mort jaune glauque et plus forte que notre volonté de le garder parmi nous. Ce n’était pas de la piété, je ressentais plutôt de l’indignation. Cet homme n’avait pas le droit de mourir. Il avait encore des choses à dire et de l’amour à donner.

La conversation que nous avons décidé de mener malgré le chagrin était coupée par des silences sourds à nos efforts de continuer à faire semblant. A contre cœur, j’ai décidé de rentrer. Alain, toujours souriant, a continué à me parler de sa prochaine visite à Tunis. J’aurais aimé le croire et tuer, de mes propres mains, son destin fatal. En dessinant sur mes lèvres son même sourire révolté et moqueur, j’ai  finalement fait  un simple au revoir par respect à sa volonté de survivre.

En bas, dans la rue, sous la fenêtre de son appartement, j’étais seule à mélanger mes larmes avec les gouttes de la pluie qui s’acharnait sur moi. J’aurais aimé lui dire combien sa perte sera difficile. Pourrons- nous dire à un vivant que sa mort sera pénible à supporter ?  

Je ne réalise pas encore que je dois finir cette note avec « Alain! repose en paix ! On ne va jamais t’oublier ! » J’attends toujours qu’il me lise et corrige, discrètement, mes fautes d’orthographe. J’attends toujours qu’il m’envoie ses photos de vacances avec Josianne … qu’il me file des liens intéressants sur le journalisme et la politique… qu’il me demande de mes nouvelles et que je lui explique les raisons de ma dépression permanente.  

Désormais, Je suis seule plus que jamais. Je suis triste et je le resterais tant que je n’ai pas pu faire son deuil convenablement.

 

« la vie d’Alain est le cumul de 35 ans de passion pour le journalisme. Il est pionnier du webjournalisme depuis des dizaines d’années. Sa passion, sa rigueur et sa créativité dans le journalisme inspire plusieurs dont je faisais partie depuis plusieurs années. Je n’ai jamais réussi à cerner ses compétences et savoir faire dans le domaine journalistique. Je me rappel que j’ai passé plusieurs jours à essayer d’assimiler ses analyses sur son blog (journalistique) et ses livres.


 

mardi 4 septembre 2012

quand je voyage avec et en elle ...


(Le voyage est, à mon sens, une découverte de l’Autre. ce texte est une dédicace à une amie qui a partagée mon dernier voyage et qui m’a beaucoup inspiré) 

Elle était grande de taille. Ses grands yeux brillaient et ses paupières touffues parlaient d’une féminité abandonnée qu’elle peinait souvent à cacher. Son sourire clair et brillant donnait à tout instant le désir de partager la bonne humeur. Ses lèvres marquaient son visage rond et ses cheveux châtains courts et lisses témoignaient d’une révolte permanente qu’elle menait contre sa nature prospère de fertilité. 

Son insouciance se transformait en jean permanent et en claquette laissant paraître des petits doigts  qu’elle garnit d’un manucure rouge vif pour dire qu’elle reste, au dessus de toutes les circonstances, la femme dont elle est fière d’être. Sa poitrine généreuse et ses seins bien galopés ne laissaient personne indifférent. Elle tenait parfois à les cacher, par des tee-shirts amples, pour jouer le rôle de l’innocente qu’elle adorait joué de temps en temps. 

Elle conservait en son âme une petite naïveté qu’elle croyait nécessaire pour la vie. Ainsi, elle ne soupçonnait jamais les regards admirateurs et ne se rendait pas compte des avances des uns ou des autres. Elle voulait échapper au rôle de la femme fatale qu’on lui a attribué du premier jour de sa naissance. 

A quel point était –elle accessible ? Personne ne peut trancher ou prétendre avoir la réponse. Quand à elle, la question ne se pose même pas. Elle était et restera exclusive à elle-même, à son imaginaire et à ses rêveries du beau temps et d’harmonie inconditionnée. 

Elle avait l’œil et le cœur mais pas la parole. Elle bafouait et gesticulait en vibrant quand il s’agissait de parler des sentiments ou des idées importantes. Pourtant, quelque chose de contagieux ou de passionné pénétrait irrésistiblement ses interlocuteurs. Son regard manipulait l’atmosphère et plus encore les âmes qui l’entouraient et qui la convoitaient en permanence. 

Son secret était la sincérité et la transparence. Carte sur table, noir ou blanc, pile ou face, elle n’a jamais su nuancer. Elle tranchait et restait cloitrée fièrement dans sa décision comme un Dieu qui ne regrette jamais le châtiment d’un diable. Elle se sentait, vraiment, supérieure, pas par son charme, ni par son intelligence mais par ses valeurs. Et même si elle se ravageait de l’intérieur pour des petits regrets, sa majestueuse allure ne tolérait  jamais le rabaissement à des gémissements qu’elle considère médiocres et inutiles.  

Sa frustration était l’obligation de subir autre chose que l’aventure et ses difficultés. Le certain était son pire ennemi. Elle a choisi de combattre la banalité de la vie et la facilité de la mort. Elle jouait avec les deux comme on joue à la carte. Elle était persuadée que tout est une question de calculs même si elle n’avait pas, souvent, fait les bons et éviter les mauvais. 

Son rire était sensuel et coquin mais loin de la vulgarité. Elle avait le don de garder l’attention des présents même quand elle boudait en se suffisant à son verre et sa cigarette qu’elle se retient toujours à allumer. Quand elle est de bonne humeur, le moindre détail de la vie obéit et devient gai et aimable. Elle avait la sensibilité d’ajuster le monde à son aise.