lundi 25 juillet 2011

Voter ou ne pas voter ! this is the question !


Je comprends parfaitement la majorité des tunisiens qui ne veut pas s’inscrire pour voter le 23 octobre 2011. Je comprends parce que je partage les mêmes soucis et doutes : y aura-t-il un fort processus de contrôle pour garantir la transparence des élections ? À qui voter, alors que tous les partis politiques sont dans un même flou politique puant ? Pourquoi voter et qu’allons nous gagner de cette Assemblée Constituante qu’on va élire ? Plusieurs questions qui ont des réponses pas ou peu convaincantes … et qui pousse la majorité à fuir les bureaux d’inscription.  

A ces doutes, s’ajoute ce mal-à-l’aise qui s’accentue à chaque fois qu’on voit le Rcdiste « weld el houma » en train de s’organiser avec son groupe et se préparer pour les élections, ou en voyant le directeur ou le collègue du bureau Rcdiste de sa race, content de pouvoir enfin voter à son nouveau parti … 

Je comprends, et j’ai parfois ce même sentiment d’absurdité. Pourquoi s’inscrire ? Allons-nous vraiment réussir d’un premier coup des élections constitutionnelles ?  Et si la volonté du peuple s’avère autre chose que nous l’imaginons ? Si ce peuple traduira par les urnes une volonté de se rétrécir en due et bonne forme vers l’extrémisme qui nous guète ?
J’ai pensé à tout ça et j’ai même écris sur mon facebook, que je ne soutienne pas ces élections qui ne mèneront à rien sauf à des catastrophes.  Mais, en renversant le schéma de cette réflexion, je me suis posé la question suivante : et quand on ne votera pas, qu’allons nous gagner ?
Puis j’ai réalisé que :
-         -  Sans une forte implication citoyenne, il n’y aura jamais une observation équitable et pertinente sur le déroulement des élections et leur contrôle.

-        - Voter ne doit pas être forcément au profit des partis politiques pourris. Il peut être contre eux, ou il peut être pour des indépendants (moins pire).


-     - Sans une Assemblée Constituante, nous resterons dans le flou et l’instabilité et on aura des élections présidentielles ou parlementaires pires que celles organisées à l’époque de Zaba.

-         - Voter est tout simplement, la meilleure solution (puisqu’on n’a pas encore le choix) pour ne pas laisser la voie libre aux Rcdistes et leurs partis.


-         - Voter le 24 Juillet même si ça ne mènerait à rien, sera, au moins, un bon exercice pour d’autres prochaines élections.


-      - Voter le 24 Juillet serait peut être l’occasion ou jamais pour conjuguer ce verbe première personne du singulier, en cas où la Tunisie vivra un coup d’Etat et une autre dictature.

Je m’inscris et je vote, avec beaucoup de pessimisme mais je le fais quand même. Je m’inscris pour ne pas le regretter demain … je m’inscris parce que je n’ai pas le choix … et parce que je sais que ça va faire chier la police, les extrémistes et surtout les Rcdistes …


 (et je mettrais pas le logo et slogan de "wenti Wa9tceh" parce qu'il ne me plait pas :p) 




mercredi 20 juillet 2011

Henda Hendoud et les "amis colonialistes"


Tunis - devant l’ambassade de France. Il est midi trente. On est mi juillet et la température s’élève à 45° à l’ombre. Une longe file d’attente décore les murs de l’immeuble. Des visages écrasés par la chaleur mais surtout épuisés par l’attente qui ne semble pas être à sa fin.  

Sur mon reçu, on a marqué « rdv Lundi à 12H30 » : ce qui veut dire, normalement, rendez vous devant l’ambassade pour récupérez mon passeport et le visa. Mais en arrivant sur place,  j’ai compris que 12h30 n’est pas l’heure du rendez-vous mais simplement, le commencement de l’attente. 

Comme tous les braves tunisiens venus bien avant moi, je me suis alignée en cherchant un bout d’ombre dans la file d’attente. Il est 12h45, le guichet n’est pas encore ouvert. Une jeune femme, passe un mouchoir sur son front mouillé et me dit « vous pouvez vérifier, svp, s’ils ont ouvert le guichet ou pas ? » comme à notre niveau (très loin du guichet) on ne peut rien voir, j’ai accepté. 

J’arrive à l’autre bout de la file, la porte est encore fermée. Des silhouettes presque évanouies, des regards étouffés, des gorges sèches, des essoufflements, des soupires et des agitations … je regagne ma place, désespérée. Je constate que je ne suis plus la dernière, puisque d’autres demandeurs de visa rattrapent le fil d’attente. Je regarde autour de moi … quelques uns commencent à murmurer des injures… 

Et les conversations se lancent un peu partout entre les collègues de l’attente. Une jeune femme m’interroge « C’est ta première fois ? ».  Je réponds timidement par un oui. « Moi, je pars en France tous les trois mois » riposte la jeune femme, fière. « Mais c’est toujours compliqué pour le visa » ajoute elle avec regret. 

Une autre jeune fille intervient. « Moi, je viens pour compléter mon dossier … j’ai un conjoint français. Je viens du Monastir … c’est loin et c’est pénible de faire les allers retours pendant des semaines … ». Un homme derrière nous, conteste à haute voix « mais pourquoi on nous laisse attendre des heures sous le soleil ? ». « Oui, c’est inconcevable !! » clame la majorité des personnes qui nous entoure. 

« Moi, je viens pour récupérer le visa de ma sœur. Elle est docteur en science et doit assister à un séminaire à Paris » explique un jeune homme. « J’ai pris le train de Gabes à 4 heures du matin. Hier, on m’a demandé de patienter jusqu’à 15h puis on m’a annoncé que le visa n’est pas encore prêt et que je dois revenir… et me voilà » Ajoute-t-il. 

Mais ce n’est pas tout, car il y a ceux qui passent plus de 5 semaines à attendre le visa, refusé, souvent, après plusieurs tentatives.  D’autres changent et rechangent les billets d’avion en sacrifiant des journées entières de leurs congés annuels. D’autres, encore, annulent des inscriptions aux facultés ou laissent tomber des opportunités de stages ou d’embauche…

« Mais qu’est ce qui pensent ces français ? Que nous ne pouvons pas nous passer de leur pays ? Et qu’on veut absolument y squatter ?? » S’indigne un homme après une série d’histoires en même genre de difficultés et de refus de visa … 

C’est exactement la même question que je me suis posée depuis des années. Au même temps, je n’arrête pas de penser aux dizaines de réunions, meeting, tables rondes et discours donnés par les français. Depuis le 14 Janvier, ils insistent à dire que la France veut « aider » ou soutenir notre pays. Ils invitent les blogueurs, les politiciens, les journalistes et les artistes pour proposer des services, pour donner des financements et pour complimenter la Révolution du Jasmin. Ils parlent de la leçon de dignité et de volonté que nous avons donnée au monde entier … 

En regardant l’enfer que nos « amis colonialistes » nous offrent devant leur ambassade, je ne peux pas m’empêcher de sentir l’humiliation et le dégout. Entre le discours flatteur et la réalité mortifiante, je suis maintenant certaine que « nos amis colonialistes » n’ont rien compris de notre leçon de dignité et de liberté … ils ne pigent  rien et ne voient surtout pas ce changement qui envahit le monde entier et je suis persuadée que leur pays sera parmi les premiers à se révolter contre ce système défaillant …  

Ne me dites pas que je suis naïve et qu’il y a, bien évidement, une différence entre la diplomatie et la réalité. Je suis, tout simplement, comme la majorité des tunisiens qui rêvent d’un monde meilleur où liberté, égalité et fraternité seront les valeurs partagées entre toutes les nations. 

je rêve et je dois rêver d’une vie meilleure où notre peuple aura le droit de voyager et de vivre sous d’autres cieux … un pays où les ambassades de nos « amis colonialistes » seront des endroits agréables  qui respectent l’être humain quelque soit sa couleur et sa nationalité … un monde où nos « amis colonialistes »  feront plus attention à notre intelligence en donnant leurs discours car comme le dit bien une chère amie à moi « We are not stupid » même si on en avait l’air avant … 


lundi 4 juillet 2011

Zeineb: « entre la prison et la liberté, je préfère ne plus me taire ! »



Elle s’appelle Zeineb. Une silhouette maigre qui se cache derrière un hijab et une longue jupe en blanc. Le regard fier, les lèvres souriantes mais avec amertume et le visage un peu noirci par un lourd fardeau d’un vécu pas du tout commun. Zeineb avance et se dresse devant la salle. 

C’était un jour où on a décidé de rendre hommage à la femme militante et aux mères des martyrs. La salle de réunion dans un hôtel chic au centre ville, était pleine de longues et courtes jupes. Noir, blanc, rose et même transparent, les couleurs et les odeurs des parfums se sont mélangés et ont, pour une fois, accepté de s’harmoniser pour honorer la Femme. 

La première partie de la cérémonie était consacrée aux témoignages. Des anciennes prisonnières politique ont défilé, des femmes et des mères de martyrs ont pleuré en racontant leur souffrance... Mais Zeineb a choisi de sourire … elle avance vers le podium. 


Des conversations par ici, des rires par là … les invitées ne prêtaient pas attention à cette maigre voilée lorsqu’elle a commencé à raconter : Tout a débuté lorsque j’avais à peine 25 ans. Depuis mes 17 ans, j’étais activiste dans une association locale qu’on a retiré son visa après quelques années. Un jour, de retour de mon travail, deux policiers m’arrêtent et on me transfert à Bouchoucha. 

Sans interrogatoire, on me fait signer des papiers que je n’ai jamais lus. On me laisse nue dans une chambre sans couverture ni lit. C’était en janvier, il faisait un froid de chien. On me donne pas à manger. Au bout de quelques jours je m'évanouis … c’était heureusement ou malheureusement le jour de mon procès.  
Devant le juge, mon avocat a donné les preuves de mon innocence. Après quelques minutes du silence, le juge me condamne à 6 ans de prisons. Sous le choc, l’avocat proteste et le juge lui dit « occupe toi de tes affaires et boucle la ». Assommée par la nouvelle, ma famille passe à la cour d’appel mais l’affaire s’arrête là et la soit disant justice refuse de revoir mon dossier … 

Un soupir puis un silence. Cette fois, les présentes se taisent. Quelques unes sous le choc et d’autres avec l’amertume de plusieurs souvenirs similaires… 

 J’ai visité toutes les prisons tunisiennes. A chaque fois, on me transfert à une prison encore plus lointaine de ma famille. La prison ? Il y avait de tout, des mères avec des enfants, des femmes enceintes, des vielles et des jeunes. Il n’y avait que deux types de prisonnières. Celles de droits communs et celles « des bonnes mœurs ». 

En prison on nous interdit tout : la lecture, l’écriture, le téléphone, la télévision, l’eau chaude, la communication entre nous … 

Les enfants ?  Ils étaient nombreux à assister aux scènes de violence quotidiennes, à écouter les histoires horribles de torture et de souffrance et à vivre dans les mêmes conditions pénibles de la prison. 

Chaque semaine, on avait droit à une visite sauf quelques unes que le système a décidé de les punir doublement… après des mois d’attentes, j’ai réussi à avoir une visite qui normalement dure 10 ou 15 minutes.  En réalité, ce n’était pas le cas. Derrière les barreaux, j’ai vu pendant 5 minutes ma mère et ma sœur encerclées par les gardiennes. Depuis, les visites deviennent de plus en plus rares et courtes … 


Un médecin ? Jamais je n’ai entendu parler d’un médecin en prison. Je me rappel du jour où j’étais obligée d’arracher, toute seule, une dent après des jours de douleurs insupportables… et je rappel qu’il y avait des enfants en prison sans médecin … 

J’ai passé mes plus belles années à la prison. Mais le pire, n’était pas l’incarnation et la punition physique. Le pire est venu après ma libération. J’étais interdite de voyage, de déplacement et de travail …
Chaque jour, je devais passer au poste de police pour signer. Une première fois à 8h du matin et une deuxième à 18h.  Je passais la moitié de mon temps dans la salle d’accueil du poste de police, attendant le commissaire pour valider ma signature. 

J’étais obligée tous les jours de prendre l’autorisation de la police pour aller à la pharmacie et acheter des médicaments pour mon père malade. Un sentiment terrible d’injustice et d’humiliation me prend à chaque fois que je passe au commissariat pour avoir l’autorisation d’aller faire des courses ou pour sortir de chez moi… 

La famille ? Mes deux frères étaient harcelés et poursuivis par la police à chaque fois qu’ils viennent me visiter. Finalement, on a cédé et j’ai passé 6 ans sans les revoir … les cousins, oncles et tentes trouvaient le même sort et finissaient par abandonner l’idée de nous rendre visite ou de nous téléphoner …  

Mon quartier ? De peur d’être menacée ou ennuyée par la police, personne ne pouvait même m’adresser la parole ou contacter ma famille. Personne ne pouvait nous aider sachant que nous étions sans source fixe d’argent. Nous étions isolés, seuls et entourés par la police politique même dans nos chambres. 

Le jour de mon mariage, j’étais obligée de le fêter seule avec mon mari et quelques membres de ma famille. Sans amis, ni proches, ni voisins, j’étais obligée de cacher ma joie d’avoir, enfin, une famille …
Le pire jour de ma vie était celui de mon accouchement. Au lieu d’aller directement à l’hôpital comme le font toutes les futures mamans, moi j’étais en train d’avaler ma douleur devant le bureau du commissaire. Il est venu en retard et m’a donné la maudite autorisation … pour aller accoucher … pour donner naissance à ma fille ! 

Des larmes jaillissent de ses yeux et des soupires envahissent toute la salle remplie de femmes connaissant ce sentiment intime d’accoucher du premier bébé. 

Zeineb continue avec, cette fois, une voix étouffée : bien sur que je n’avais pas le droit de fêter la naissance de mon premier bébé. Bien sur que j’étais obligée d’aller au commissaire juste après l’accouchement pour signer … et bien sur que la souffrance a duré avec la même intensité durant des années …
Après la chute du dictateur (elle refuse de prononcer son nom), je pensais que ma souffrance a pris fin. La police a disparu de ma vie et de celle de ma famille… 

Et j’ai postulé pour le poste d’instructrice que j’avais avant la prison. Ma demande est refusée, sous prétexte que j’ai dépassé les 35 ans… c’est vrai ! Mais mes vingt ans se sont écoulés dans la prison de la dictature. J’ai payé cher le silence affreux du peuple !!
Comment voulez vous que je reprenne ma liberté sans travail ? Comment concevez-vous la liberté sans dignité ? 

Zeineb regarde la foule en souriant. Je ne suis pas ici pour me déplorer ou pour prétendre que je suis héroïne. Il y a des femmes qui méritent ce titre bien plus que moi … je suis ici pour vous dire qu’aujourd’hui, il ne faut plus se taire !! Aujourd’hui, il faut plus laisser la voix au seul discours et la seule opinion !! Aujourd’hui, nous devons être fières de notre liberté et nous devons l’assumer et la défendre … vive la Tunisie libre !! » 

Des applaudissements et des larmes. Elle ne voit plus les visages en face … seulement les yeux de ses deux petites filles au fond de la salle l’interpellent. Elle essuie ses larmes discrètement et avance. Elle ne reconnait pas les voix qui l’appellent et les mains qui tapent sur ses épaules … elle ne voit plus rien et avance doucement vers les deux petits visages innocents … elle les prend entre ses mains, enfonce sa tête contre eux et pleure … 

Un quart d’heure après, l’ambiance se détend et on oublie Zeineb qui reste immobile au fond de la salle. Quelques minutes après, elle quitte la salle … dégoutée par les quelques mots de solidarité, les applaudissements et la pitié de la salle.   

mardi 28 juin 2011

Porno, partis politiques et intégristes


Après six mois d’une révolte qui nous a coûté quelques centaines de martyrs … et le départ d’un dictateur …
La semaine dernière, un ami m’a invité à un meeting, organisé par les jeunes le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) pour discuter la question de la censure et la liberté d’expression en Tunisie (post Ben Ali). Les organisateurs ont invité Taher Chikhaoui, Fadel Jaabi, Sana Ben Achour, Hamadi Kaloutcha et un responsable de l’ATI (agence tunisienne de l’Internet). 

Chacun de son côté a essayé de déplorer à sa manière la censure des sites pornographiques exigée par le tribunal de grande instance en Tunisie suite à une plainte portée par trois avocats soit disant « soucieux » de la protection de l’enfant sur Internet. 

Les discours élitistes n’ont pas manqué de dénoncer cette censure qui constitue selon les présents le premier pas en arrière après le 14 janvier vers la répression et l’agression de la liberté d’expression et le libre accès à Internet.  

Me concernant, j’ai raconté l’histoire de la chaîne nationale qui continue avec les vielles pratiques de censure arbitraire et manque de professionnalisme (lire l'article). J’allais parler d’autres exemples beaucoup plus importants que le mien mais je préférais voir les préoccupations des membres du parti.

Un jeune du parti prend la parole. Il est avocat, et a bossé pendant 8 mois à l’ATCE. D’après ses dires, il ne savait pas que cette agence est la machine à censure des médias en Tunisie … mais à la fin de son intervention, il témoigne qu’à travers l’ATCE, il a découvert que les artistes de gauche, supposés êtres, opposants et indépendants, vivent au dépend du système de Ben Ali et ont servi la propagande de  la dictature. La salle grogne et demande des noms et le jeune cède et site en premier lieu « Nouri Bouzid ». 

A ce moment, les défenseurs de la liberté d’expression ne tardent pas à intimider le jeune avocat en lui donnant des leçons sur le respect et la responsabilité. En d’autres termes, les élitistes utilisent, mais à leur faveur, les arguments de Ben Ali pour stopper le mec qui voulait témoigner … une bonne leçon de liberté d’expression à la tunisienne!  

Deux heures après, on n’arrête pas d’évoquer le même et seul point de vue : censurer les sites pornographiques est vraiment la preuve que rien n’a changé en Tunisie. « On doit dénoncer cette décision arbitraire !! » Mais comment ?? Personne n’a la réponse. 

Bien que je partage ce point de vue, j’étais gravement scandalisée et dégoûtée que personne n’a cité même pas à titre d’exemple le cas « Samir Feriani » (ancien commissaire au sein du Ministère de l’Intérieur, kidnappé et arrêté par la police et l’armée depuis quelques semaines suite à ses déclarations dangereuses sur la corruption du Ministère et l’implication de ses hauts responsables dans des crimes de tortures et bien sur les crimes du 14 Janvier ). 


Les jeunes activistes politiques ne réalisent pas que Samir Feriani est le premier prisonnier politique après Ben Ali.  Le premier condamné pour ses paroles et ses témoignages. Ils ne songent même pas à citer son nom lors d’un meeting supposé défendre la liberté d’expression. Quelle déception !! 

Comment ce parti qui se considère militant (depuis des années) pourrait défendre le pays ?? Avec une telle ignorance et indifférence comment pourrait-on compter sur lui dans la construction d’une deuxième république démocratique et libre ?? 

L’affaire Samir Feriani est devenue un sujet tabou. Les médias décident de ne plus en parler sous la pression ou par ignorance. Les partis politiques jouent la carte de l’indifférence ou de soit disant  l’objectivité : « c’est l’affaire du gouvernement ! Il est le mieux placé pour en donner son dernier mot ». Quelques activistes sur facebook et dans la blogosphère ont condamné son arrestation … le silence affreux pèse encore sur l’affaire et ses conséquences …   Pierre Puchot ouvre le dossier, dernièrement, sur Mediapart.
   
Au même temps, juste deux jours après ce fameux meeting, j’assiste à la scène de violence du cinéma l’Africart. Il est vrai que l’acte est criminel pour ne pas dire terroriste. Il est vrai qu’au nom de Dieu, des gens (on ne sait pas s’ils sont intégristes ou pas) se sont permis d’imposer leur lois de censure, d’exclusion et de répression … mais qui est le responsable ?? Qui est derrière cette mascarade ?? Pourquoi la police éparpillée sur tout l’Avenue Habib Bourguiba n’a bougé que trop tard pour « calmer les esprits » ?? 



Quelques communiqués de presse laconiques … des débats télévisées et des commentaires sur facebook …c’est tout ce qu’a pu faire la société civile, le gouvernement provisoire et les partis politiques. Entre les partis politiques aveugles ou complices, des islamistes instrumentalisés et soutenus et un gouvernement, le peuple tunisien s’agite et oscille : parfois oui, parfois non

  … et après ? Ce n’est pas fini ! … ça vient juste de commencer … 

Ce matin, les soit disant intégristes agressent Naceur Aouini et quatre autres avocats lors d’une manifestation pacifistes qui revendique une justice indépendante et qui soutienne les familles des martyres … la police intervient avec bombes lacrymogènes et assomme les agressés plutôt que les agresseurs. (lire les détails)



Une jeune fille en témoigne sur facebook et ajoute le commentaire suivant « je présume, voire je crois dure comme fer que ces actes de violence sont manipulés dans le seul but de démolir la manifestation pacifiste qui revendique la sanction des responsables des événements du metlawi récents. Je voudrai poser une question: qui profiterait de la bipolarisation d’un peuple homogène? Qui profiterait de cette division en ces temps durs ? » 
Difficile de faire une conclusion, il me reste que ces dizaines de questions ...  bien sur sans réponses …  

lundi 20 juin 2011

Cyber-solidarité avec la Corée du Nord / cyber-solidarity with North Korea


Il y a quelques jours, j'ai eu l'honneur de faire la connaissance d'une jeune femme «Eunkyoung Kwon». Elle vient du Coré du Sud et elle milite depuis des années pour la liberté du peuple nord coréen. Depuis qu'on s'est vu, Kwon me parle de son enchantement de la révolution tunisienne et égyptienne. Elle dit « vous êtes l'exemple pour nous ! Vous avez fait la révolution pacifique et intelligente que le peuple coréen rêve de faire depuis des années».

Il faut savoir qu'en Corée du Nord, les citoyens n'ont pas Internet du Tout. Leurs téléphones mobiles ne peuvent pas appeler l'étranger et les radios sont limitées à une seule chaîne de propagande.
Dans la vidéo ci-dessus, Kwon vous adresse un petit message de félicitations et un appel à une cyber-solidarité. L'action consiste à nous envoyer une courte vidéo de vous (de trois minutes et en anglais) dans laquelle vous expliquerais votre expérience de cyberactiviste avant, pendant et après le 14 janvier.
Vos vidéos serviront de documents précieux pour les activistes coréens dans leur combat contre la dictature.
Pensez à la souffrance qu'on a subie pendant des années. Pensez autant du bien que puissiez faire à ces gens.
Nous comptons sur vous !
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A few days ago, I had the honor of knowing a woman "Eunkyoung Kwon." She comes from South Korea and campaigning for years for the freedom of North Korea people. Since our meeting, Kwon tells me about his enchantment of the Tunisian and Egyptian revolution. She said "You are our example for us! You have made the peaceful and intelligent revolution that  Korean people dream to do for years ago."

You should know that North Korea, citizens do not have Internet. Their mobile phones can not call abroad and radios are limited to a single line of propaganda.
In the video above, Kwon send you a little congratulatory message and a call for a cyber-solidarity. The action is to send a short video (three minutes and in English) in which you explain your experience as a cyberactivist before, during and after January 14th.

Your videos will provide valuable material for Korean activists in their struggle against the dictatorship.

Think about the suffering we have endured for years. Do all the good that these people can do.

We count on you!



envoyez vos vidéos à l'adresse suivante: koreafreedom@yahoo.fr

samedi 18 juin 2011

Rêver, d'une liberté d'expression, est-il un crime?



Quand on m’a proposé d’animer une émission de télévision « le cinéma là et maintenant » à la chaine nationale ex TV7, on m’a dit : « ça sera une émission qui valorise le cinéaste tunisien. Une émission qui nouera une nouvelle relation entre le public et le cinéma dans une Tunisie enfin libre…». 

Chaque semaine, on invite un cinéaste pendant 26 minutes puis on offre au spectateur un long métrage tunisien. J’avoue que cette émission a permis  au public tunisien de découvrir des héros dans le cinéma tunisien (Nadia Touijer, Amel Hethili, Mehdi hmili, Mohamed Ben Smail et beaucoup d’autres). Elle a aussi diffusé des films censurés à l’époque de Ben Ali …

Je me suis dit, c’est l’occasion de servir une cause (l’art, le cinéma, la culture) à une grande échelle et pas seulement sur Internet ou dans de petites rubriques radiophoniques. Donc, je me suis forcée  d’accepter les conditions de travail, insupportables et à m’adapter à l’environnement appauvri d’humanité, de respect et du professionnalisme. 

Après un séjour entre Washington et Genève, je reviens et je  découvre que la production a toléré la censure de deux séquences du film « Khorma » de Jilani Saadi. 

Avant cette découverte, aujourd’hui, vendredi 17 juin 2011, j’avais rendez-vous, le matin, avec le producteur et deux invités. Ce dernier était assis devant moi, silencieux, alors que je viens d’avoir la nouvelle sur facebook :  le film diffusé hier était censuré et  son réalisateur n’était même pas au courant de la diffusion de son œuvre. 

En lui posant la question « pourquoi et comment cette censure ? », le producteur m’a tout simplement répondu que c’est l’affaire de l’administration ou la direction de la chaîne nationale. Que Jilani Saadi a vendu son film à la chaine nationale à l’époque de Ben Ali et qu’elle a tous les droits d’en faire ce qu’elle voit juste. 

Révoltée, je demande qu’on envoie une lettre d’excuse officielle au réalisateur pour cette censure et  ce manque de respect énorme envers l’artiste et son œuvre cinématographique. Mais le producteur a refusé. J’ai gardé le silence pendant les deux rendez-vous avec les invités. 

Quand l’heure est venue pour aller au tournage, j’ai essayé encore une fois d’aborder le sujet. Le refus était, cette fois, encore plus violent. Et en arrivant au plateau du tournage j’ai reçu cette seule réponse   « ce n’est pas notre problème ! On n’est pas obligé de présenter des excuses et ça te concerne, de toute façon, pas … ». 

A ce moment, j’ai décidé de quitter immédiatement le tournage, laissant derrière moi, les injures du producteur « je n’ai plus besoin de toi ! Tu n’es pas responsable ! Tu ne connais rien de l’éthique du métier !! Quand est-ce que t’es venue toi pour me parler de l’éthique ?!! Gamine!! » 

Bien sûr qu’on a plus besoin de moi. On a besoin, plutôt  des bêtes formatés qui approuvent et obéissent à tous les ordres. C’est vrai que je suis irresponsable, car je m’assume et je ne trahie jamais mes valeurs et ma dignité. L’éthique des vieux bornés d’un vécu malheureux de censure et de soumission ne me concerne pas. Je suis libre et je le resterais pour toute ma vie. Et je sais que, dans une société comme la nôtre, mon défaut est fatal … 

Encore une fois, je me retrouve face à ces gens sans crédules, indifférents et arrogants, qui essayent de me persuader que mon univers est utopique et que je demande trop et que je dois me taire et apprendre au lieu de donner des leçons … encore une fois, je sens ce gout amère de me sentir handicapée, devant ces stupides qui croient tout savoir et qui veulent nous faire penser que sans leur savoir on ne vaut rien …  
 Encore une fois, je suis mon intuition qui ne m’a jamais trahie … encore une fois je dis non  et je rêve  d’une Tunisie libre, JEUNE, et forte !!! 

Liens vers l’émission « Cinéma là et maintenant » :

                                                                

mardi 24 mai 2011

Comment devenir journaliste … mercenaire ?


La méthode est très simple. Vous n’aurez pas besoin d’un diplôme, ni d’une carrière, ni même de technique rédactionnelle compliquée (investigation ou travail de terrain). Vous n’aurez pas besoin d’une dignité, ni de conscience, ni d'une cause à défendre. Vous n’aurez jamais besoin d’une belle plume, ni d'une réflexion profonde, ni d'une logique cohérente dans ce que vous allez écrire …
Il suffit de vous engager pour défendre un seul point de vue, imposé par des patrons qui vous dictent une ligne de conduite à suivre (si vous êtes un blogueur, au lieu du patron vous trouverez un clan). C’est très simple ! Ils vous donneront les arguments, les adjectifs, les descriptifs, les insultes et bien sur les conclusions et les leçons à tirer. Ils vous donneront aussi les photos, les vidéos et les témoignages (mais ce n'est pas grave s'il n'y pas de preuves sur ce que vous dites). Et le plus important, ils vous offriront aussi la crédibilité et la légitimité absolue pour les soutenir comme des vrais journalistes dignes du grade « mercenaire».
Plus concrètement, pour devenir journaliste … mercenaire, vous devez faire partie d’un des lobbies maffieux qui seraient derrière la compagne de dénigrement orchestrée injustement contre la révolution tunisienne (ou ces protagonistes). Les arguments ? C’est simple : un cocktail des faits divers (violence, meurtres, braquages, viols …) avec des interviews de spécialistes qui expliquent le chaos économique, et quelques déclarations officielles de menace (armée, gouvernement provisoire, ATI, Ministère de l’Intérieur) sans oublier quelques photos des barbus et des locaux luxueux de Nahdha.
Un journaliste mercenaire ne doit pas trop se casser sa tête d’oiseau pour trouver la vérité. Car elle ne sort que de la bouche du pouvoir en place. S’il est provisoire, vous devez le soutenir sans réfléchir … qui sait ?!! L’histoire de notre pays prouve que le provisoire peut facilement devenir permanent à jamais …
Après, il ne vous restera que de choisir un journal ou un média pour vous accueillir. ATTENTION : vous devez choisir un média du Palais ! Et pas n’importe quel média … il ne doit vivre qu’aux dépens et au bon vouloir du « prince ».
Ne vous inquiétez pas, la tâche est facile. Car, comme vous le savez, la presse mercenaire est en vogue, dans notre pays. Il n’est pas plus facile que de trouver les journaux du Palais, champions du monde de l’intoxication et de l’extrapolation. Vous devez juste faire vos preuves pour être embaucher.  

Si vous êtes blogueur (se), il serait donc plus facile de profiter de votre "liberté de pensée" afin d'"enquêter" sans arguments ni preuves, ni la moindre précision sur les "vraies questions" de la révolution. 
Ce petit manuel vous sera utile si vous accepterez, bien sur, d’arrêtez votre cerveau, durant, seulement, une vie.
 « Journaliste mercenaire : rien n’est impossible ! Il faut juste y croire »
Bonne carrière à toutes et à tous !